COMPTE RENDU DU 29 NOVEMBRE 2004

THÈME : LE JEUNE PUBLIC Lieu : Théâtre la Vista


La programmation en jeune public n'a cessé de progresser dans le paysage du spectacle vivant au cours des dix dernières années. Dans la suite logique d'une analyse privilégiant la distinction entre le public et les publics, la programmation jeune public a participé de la création d'une nouvelle catégorie de public.
Néanmoins au sein de la catégorie ' jeune public ', l'analyse de la sociologie de l'art peut être développée, et apporter la distinction entre le jeune public et les jeunes publics.

L'ambition d'ARPROS n'est pas ici d'approfondir dans le champ de la théorie, mais de présenter un milieu qui gagne tous les jours en autonomie.

Nous souhaitons aborder aujourd'hui les questions suivantes :

- Dans la pratique, le jeune public est-il appréhendé comme un objet homogène ?

- Comment appréhender les jeunes publics dans une programmation/ une création ?

- Quelle relation entre l'aspect pédagogique et l'aspect artistique ?

- Doit-on approcher le jeune public comme un public en formation ou un public à part entière ?

- Quelles filières de diffusion et quels moyens de financement ?


ÉTAIENT PRÉSENTS POUR EN DÉBATTRE
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Martine Combréas (La grande Ourse - Scène conventionnée Jeune Public de Villeneuve lès Maguelone)
Jean-Pierre Wollmer (Le Périscope - Nîmes) Isabelle Blancher (Scène Nationale de Sète)
Isabelle Grison (Conseil Général 34 - Saperlipopette, voilà enfantillages)
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Débat animé par Bela Czuppon (ARPROS) Rapporteur Nicolas Dubourg (ARPROS)



 Débat
Quelles sont les évolutions sensibles de ces dix dernières années concernant le spectacle jeune public ?

I. Blancher : on constate une augmentation de la qualité des spectacles, des équipes grâce à une augmentation des moyens. Aujourd'hui la plupart des théâtres
nationaux, des centres dramatiques nationaux, scènes nationales etc. ont une programmation jeune public qui fait partie de leur cahier des charges.
Il en résulte une augmentation très forte de propositions artistiques et parmi elles des formes de très grande qualité.

M.Combréas : la reconnaissance accrue du jeune public incite de nombreuses compagnies ' pour adulte ' à s'intéresser à ce nouveau secteur.
Mais aujourd'hui il est important de parler, à l'instar de Catherine Anne (Théâtre de l'Est Parisien) de spectacle à voir ' par tous '.
Et s'il existe réellement un théâtre jeune public, on peut s'interroger sur l'extension de cette notion à des domaines comme la danse, la musique etc.
Au niveau de l'économie du spectacle vivant jeune public, le montant d'un spectacle jeune public est moindre par rapport à spectacle pour tous.
Il y a une réelle différence de moyens tant dans la création que la diffusion.

I.Grison : au niveau du conseil général de l'Hérault, il n'existe pas de ligne budgétaire spécifique pour le spectacle jeune public. Cela n'empêche pas
d'observer une augmentation du nombre de compagnies ayant pour activité (principale ou non) le jeune public.
On dénombre aujourd'hui environ 75 compagnies jeune public, parmi elles 15 font des demandes de subvention et une douzaine obtient une aide financière du département.

M.Combréas : peu de compagnies ont formulé une demande auprès de la DRAC. Et s'il n'existe pas non plus de ligne ' jeune public ' à la DRAC,  
Il faut souligner que la DRAC Languedoc-Roussillon par l'entremise notamment de Jean Claude Loubière qui s'y est intéressé (j'ai dit ) a participé de l'émergence de
cette forme artistique.


Le jeune public se décline largement au sein des établissements scolaires. Il existe des circuits particuliers de diffusion qui sont pilotés directement par le rectorat.
Existe-t-il un réelle séparation entre le jeune public du théâtre et celui de l'école ?

I.Blancher : il existe au niveau de l'inspection académique un système de conventionnement qui permet aux compagnies de s'inscrire dans le réseau de diffusion des écoles. (Service culturel de l'Académie)
Il existe effectivement des réseaux assez cloisonnés de diffusion en jeune public comme l'illustre parfaitement celui des arbres de noël.

M.Combréas :. Tous les ans des personnes en charge d'organiser des arbres de noël pour des comités d'entreprise pour prendre conseil.
Il y donc un travail fondamental des responsables de lieux artistiques sur la présélection et le conseil afin de ne pas négliger ces possibles connexions.
A propos des spectacles programmés dans le cadre scolaire, une évolution positive est possible  pour peu  qu'on réfléchisse à la  mutualisation des moyens afin de permettre à des compagnies de tourner dans plusieurs écoles.
 
DANS LA SALLE : la compagnie l'escargot
Les compagnies manquent de personnes relais entre les écoles et les artistes pour expliquer leurs démarches. Une école peut parfois formuler une commande sans
réelle connaissance des contraintes qui pèsent sur une création (conditions techniques, âge).

La compagnie minibus :
Les écoles mettent en place des projets artistiques et lancent un appel d'offre au niveau de l'inspection académique.  La ' vie scolaire ' assure ce relais entre les
artistes et les compagnies pour des projets souvent ludiques ou pédagogiques.

La contrainte de la ' pédagogie ' est-elle forte dans la création de spectacles jeune public '

DANS LA SALLE : La compagnie minibus
L'enjeu d'une création est l'objet de longue discussion au sein de la compagnie minibus pour choisir l'angle d'approche d'une création.

I.Blancher : cette question est complexe et l'on peut déjà se demander si les compagnies qui travaillent pour le jeune public ne sont pas forcément intéressé par l'aspect pédagogique.

M.Combréas : cette réflexion renvoie à une question plus générale sur l'attitude de l'artiste qui doit ou non inclure l'idée de public dans son travail de création. Il n'y a pas d'évidences sur cette question.

I.Blancher : la pédagogie peut aussi s'entendre par le travail de fidélisation que la programmation jeune public peut avoir sur le public ' accompagnant '. Elargir les
publics et les fidéliser fait partie du travail d'une scène nationale.

J.-P.Wollmer : ce travail de fidélisation est difficile. On remarque que les parents qui accompagnent les enfants sont souvent dans une logique de consommation à destination de leurs enfants. Ces personnes ne sont pas forcément présentes pour
suivre le reste de la programmation.

I. Blancher : à la scène nationale de Sète, le jeune public (et ses accompagnateurs) se constitue d'un noyau dur et la mission d'élargissement est beaucoup plus difficile
à remplir que celle de la fidélisation.

M. Combréas : la plus grande partie des enfants rencontrent le spectacle dans un cadre scolaire. Il ne faut pas limiter le spectacle à la seule dimension du loisir et du
plaisir . Des formes exigeantes ou plus ténues dans le contenu doivent être aussi soutenues et d' diffusées.
L'élargissement du public peut être appréhendé par le glissement d'un spectacle jeune public à un spectacle tout public permettant plusieurs niveaux de
compréhension.

Les liens entre programmateurs et compagnies sont-ils satisfaisants ? peut-on imaginer des améliorations ?

DANS LA SALLE : il manque un lieu de rencontre entre ces deux catégories d'acteurs. La mise en réseau est fondamentale.

I.Blancher : la rencontre est limitée. Un programmateur ne peut pas voir tous les spectacles.

M.Combréas : Sa sélection ne se fait évidemment pas sur dossier ou par simple mail, seule une rencontre mutuelle peut faire émerger des projets communs et ' un
directeur de salle ou un responsable de programmation doit être intégré au projet dés sa conception. Il ne s'agit pas d'interférer dans le champ artistique mais de créer une condition d'échanges mutuels.
Aussi, s'il est évident que si compagnie défend une ligne artistique, un lieu possède aussi sa propre politique artistique. Par conséquent, la rencontre doit se faire dans
les deux sens, les directeurs s'associant au travail de compagnie et les compagnies découvrant une l'identité artistique d'un lieu.



Clôture du débat.
La soirée se poursuit par la diffusion d'extrait des spectacles :

- Pinocchio - Compagnie Les Têtes de Bois (théâtre)
- Susana Azquinizer et Jean-Baptiste Rousseau (conte et musique)
- Cie Yann Lheureux (danse)
- Rififi à cagette city - Cie Théâtre du Vide Poche (Théâtre d'objet)